VEGETAL/20-2014

VEGENOV

PURIN D’ORTIE, RETOUR SUR 15 ANS D’EXPERIMENTATIONS

La synthèse de 15 années d’expérimentations, incluant plus de 50 essais menés en France ainsi que de nombreuses études réalisées à l’étranger, montre en définitive les limites de l’utilisation de différents types de purins de plantes et surtout le cas particulier du purin d’ortie. Les essais portaient sur diverses espèces (fruits, légumes, vigne ou grandes cultures) et se sont intéressés à l’effet sur la nutrition, à l’efficacité antifongique, antibactérienne ou contre les ravageurs, et à l’effet fertilisant ou biostimulant.



Le conseil scientifique de la SNHF (Société Nationale d’Horticulture de France), avec le concours de l’Académie d’Agriculture de France et de l’UPJ (Union des entreprises pour la Protection des Jardins et des espaces publics), a édité un dossier objectif et pédagogique sur la question des purins d’ortie et de plantes «Protection des plantes, tradition et macération d’ortie». Le dossier aborde la récente histoire du purin d’ortie avec, d’une part, son «inventeur» qui dans les années 90 en revendiquait principalement des propriétés fertilisantes et, d’autre part, le contexte réglementaire qui a accompagné son avènement. Les méthodes de préparation de divers purins de plantes y sont décrites (dont la fiche technique purin d’ortie). L’essentiel du dossier retrace plus de 15 années d’expérimentations sur les purins de plantes menées par le CTIFL (Centre Technique Interprofessionnel des Fruits et Légumes), l’IFV (Institut Français de la Vigne et du Vin) et l’Iteipmai (Institut Technique Interprofessionnel des Plantes à Parfum, Médicinales et Aromatiques).

Dans le cas spécifique du purin d’ortie, celui-ci est revendiqué comme une préparation ancestrale aux propriétés notamment aphicides. Or, si des macérations ou purins des autres plantes sont décrits dès l’antiquité dans le cadre d’un usage agronomique, une synthèse de la littérature (scientifique comme de vulgarisation) montre qu’il n’est fait état du purin d’ortie que depuis les années 1990. Ce dernier n’étant du reste associé à aucune propriété de l’ortie en termes de protection des plantes.

Si un essai dans le Gard dans un «contexte de mildiou normal» sur vigne avait montré une efficacité moyenne de purins (prêle et ortie) en association au cuivre sous-dosé, en revanche, aucune efficacité quelconque de ces purins n’a pu être mise en évidence lors des autres essais réalisés en France sur rouille, oïdium et mildiou de plusieurs légumes (artichaut, melon, laitue, estragon, concombre, tomate, pomme de terre primeur). Seuls, des essais réalisés au Népal ont montré une efficacité sur oïdium du concombre et Alternaria du radis. De même, aucun effet significatif n’a pu être mis en évidence sur la bactériose du noyer. D’autre part, si l’essai, réalisé dans le Gard, d’un purin de fougère en situation de forte infestation de taupins sur pomme de terre a montré une efficacité intéressante, cependant, ce résultat n’a pu être observé lors d’essais similaires menés dans d’autres régions sur pomme de terre, carotte, betterave, haricot ou laitue. Quant aux essais de protection contre des ravageurs (puceron, limace, altise), ils ne laissent entrevoir au mieux qu’un léger retard d’infestation pour les pucerons. En définitive, le constat est que les effets mesurés des purins de plantes, surtout l’ortie, semblent nuls, ténus et/ou aléatoires.



BAZINET C.


Avis de VEGENOV :

les purins de plantes réalisés en France contiennent peu d’azote, à l’inverse des purins associant d’autres constituants élaborés dans d’autres pays. Ceci explique en partie leur efficacité limitée. De plus, l’emploi de telles préparations nécessite un positionnement précis lors de la culture ; or, les références expérimentales dans ce domaine manquent peut-être ici, expliquant ce constat. En termes de protection des cultures, l’expérimentation s’oriente aussi vers d’autres substances améliorant la nutrition des végétaux, leur protection (stimulateur de défense des plantes – SDP) ou des méthodes alternatives combinant génétique (résistance variétale), greffage, barrières physiques, auxiliaires de culture, piégeage et confusion sexuelle (phéromone).



BERNARD J.L., MY J., VESCHAMBRE D. (2012).
Protection des plantes, tradition et macération d’ortie.
Dossier «Regard du Conseil Scientifique», édité par la Société Nationale d’Horticulture de France, 30 pages.

 

MOTS-CLES : EFFICACITE, MALADIE, ORTIE, PURIN

Plus d'infos...